Goûtez-moi ça !

L’alimentation est le thème central de «Goûtez-moi ça !», un vaste programme lancé par Solidaris – Mutualité Socialiste et ses asbl. Parmi les initiatives, le «Guide d’achat de nourriture», le calendrier...

Nous avons rencontré le Docteur Pierre Baldewyns, chef du service Promotion de la Santé de l’UNMS qui pilote le projet, afin de mieux comprendre ce qu’est «Goûtez-moi ça !». 

Voici son interview :  

ASPH  –  Pouvez-vous  nous expliquer en une phrase l’objectif de «Goûtez-moi ça !»?

Dr Pierre Baldewyns – Bien  sûr.  « Goûtez-moi ça ! » est un programme de Solidaris – Mutualité socialiste qui vise à favoriser l’accès de tous à une alimentation de qualité.

ASPH - « Alimentation de qualité »… cela signifie-t-il des aliments équilibrés sur le plan nutritionnel ?

Dr PB – Oui, mais pas seulement. Nous définissons la notion de qualité beaucoup plus largement. Pour nous, une alimentation de qualité est à la fois bonne au goût, bonne pour la santé et bonne pour la planète. Nous y ajoutons aussi un prix accessible et de bonnes conditions de travail pour les gens qui produisent ou distribuent les aliments. 

ASPH - Pour quelle raison une mutualité se préoccupe-t-elle d’alimentation ?

Dr PB – Parce qu’une bonne alimentation est réellement très importante pour la santé. Lorsque l’on parle d’alimentation équilibrée, les gens pensent souvent au surpoids, à l’obésité ou au cholestérol. Mais beaucoup ignorent que cela diminue aussi le risque de développer des maladies graves à long terme, comme le diabète, les maladies cardio-vasculaires ou même certains cancers !

ASPH - L’alimentation est un peu le sujet à la mode, on en parle beaucoup. En quoi votre projet est-il différent des autres ?

Dr PB – Si c’est à la mode, tant mieux ! Je dirais que notre programme se distingue par deux aspects.

Premièrement, nous privilégions une approche globale. L’alimentation n’est pas seulement une question de comportement individuel. C’est aussi une question de contexte de consommation. Il est facile de dire aux gens de changer leurs habitudes, mais ont-ils les moyens de le faire ?

Et je ne parle pas uniquement de moyens financiers ! Il y a aussi l’offre alimentaire autour de chez soi ou dans les lieux que l’on fréquente (école, entreprise, maison de repos …), les possibilités que l’on a pour se déplacer, l’accès à une bonne information, la pression de la publicité … bref, nous avons relevé des dizaines de facteurs qui influencent la façon dont nous nous alimentons.

Travailler uniquement sur le comportement individuel est donc souvent voué à l’échec. Il faut voir l’individu dans son environnement, comprendre ce qui l’empêche de faire de vrais choix et tenter de lever ces freins. C’est typiquement ça, la « Promotion de la santé ». 

ASPH - Et deuxièmement ?

Dr PB – Et bien, la plupart des messages abordent l’alimentation par le biais d’un problème. Problème de poids, de santé … A tel point que certaines personnes finissent par penser que ce qui est bon au goût  n’est pas bon pour la santé et inversement.  Nous avons choisi un angle différent, qui est tout simplement le plaisir. Les légumes, par exemple, mangeons-en non pas «parce qu’il faut» mais parce que c’est bon ! 

ASPH - Justement, dans vos actions, vous insistez beaucoup sur la consommation de fruits et légumes…

Dr PB – Oui, parce que la plupart des gens n’en mangent pas assez, proportionnellement. Il est important de redonner une vraie place aux fruits et légumes dans nos assiettes ! 

ASPH - Vous insistez aussi sur les produits locaux et de saison.

Dr PB – Il y a plusieurs raisons à cela. Vous vous souvenez des critères qualité que j’énumérais en début d’interview ? Dans l’offre alimentaire, peu de produits - pour ne pas dire aucun - rassemblent tous les critères. Les fruits et légumes de saison sont sans doute ceux qui y répondent le mieux : ils ont plus de goût, ils sont moins chers, ils sont cultivés en pleine terre (les serres chauffées sont une catastrophe environnementale).

Et s’ils sont locaux, on évite aussi le transport sur plusieurs milliers de kilomètres, on cesse d’exploiter les terres agricoles du sud au détriment des paysans locaux. Ou, plus proche de nous, d’exploiter les ouvriers… ce qui se passe à cet égard dans les immenses cultures à Almeria en Espagne est tout simplement scandaleux !

Avec un peu de chance, vous pourrez même discuter avec le producteur, ce qui est toujours enrichissant car ce sont souvent des passionnés ! 

ASPH - Nous connaissons votre guide d’achat et votre calendrier. Parlez-nous des autres initiatives.

Dr PB – Oh, il y en a beaucoup ! Nous avons un stand présent lors de divers événements en Wallonie. Nos mutualités et asbl diffusent régulièrement des articles ou recettes. Les FPS organisent des ateliers « Petits prix, délice garanti », Latitude Jeunes a édité un outil pédagogique pour enfants intitulé « Abracadabra, goûte-moi ça », Espace Seniors a un projet sur la dénutrition des personnes âgées, il y a encore le site encuisine.be, le projet ASPH avec les institutions de personnes handicapées «Saveurs et équilibre»… difficile de les citer tous.

En avril, nous organisons un colloque où nous présenterons les résultats d’une enquête (le « thermomètre Solidaris ») ainsi qu’un livre blanc avec des pistes d’actions politiques. Et nous avons encore pas mal d’autres projets dans nos cartons mais vous me permettrez de garder encore un peu le suspense… 

ASPH - Bien sûr ! Un dernier mot pour nos lecteurs?

Oui. Ce midi, ce soir, demain, prenez le temps de vous arrêter autour d’un bon repas, si possible partagé pour la convivialité et surtout… prenez du plaisir à manger ! 

 
Merci.