Pourtant, son comportement pour le moins étrange inquiéta rapidement son entourage. Des analyses supplémentaires furent alors réalisées et le diagnostic finit par tomber ; l’accident avait causé une importante lésion préfrontale.
Il faut savoir que dans notre cerveau, les lobes temporaux constituent le siège des émotions et des souvenirs. Dans ce cas précis, la lésion entraîna la perte de « fonctions affectives » avec pour conséquence une totale absence d’émotion chez la victime. Si l’amnésie a déjà fait l’objet de nombreuses études, les chercheurs en neurosciences affectives et cognitives commencent seulement à se pencher sur ce phénomène plus connu des scientifiques sous le nom de syndrome de « Klüver et Bucy ». Toutefois, aucun traitement médical ou chirurgical n’a encore été trouvé à ce jour.
Dès lors, une question fondamentale se pose : comment peut-on vivre en n’éprouvant aucune émotion ? Comment peut-on évoluer dans un milieu social et professionnel en étant dépourvu de tout sentiment, qu’il soit positif ou négatif ? Le témoignage de cet homme nous laisse entrevoir un élément de réponse.
Il ne ressent aucune peine face au décès d’un proche, il n’a jamais connu un moment de joie ou de plaisir depuis son accident, il se dit incapable d’aimer. Il ne sait pas imaginer l’inquiétude de ses parents lorsqu’il disparaît subitement pendant des mois, n’étant jamais confronté à l’angoisse de dormir dans la rue ou de ne pas trouver à manger… Il n’éprouve pas la peur de mourir. Enfin, il déclare vouloir souffrir pour avoir ne serait-ce qu’une émotion, quelle qu’elle soit.
Il s’agit bien là d’un handicap ; un handicap social, professionnel, cognitif, émotionnel, un handicap invisible et méconnu qui pourrait malheureusement connaître une sensible augmentation proportionnelle au nombre de victimes d’accidents de la route.
Pendant que les scientifiques poursuivent leurs recherches, que les victimes attendent et que leurs familles espèrent, tout un travail de prévention reste à mettre en œuvre…